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Lettre à John.

par Maria Madeus

publié dans lettres

8 Aout 2012

Cher John, mon ami, mon confident, mon héros, et bien plus encore...,

Qui suis-je à présent ? Pourquoi suis-je ici ? N'ai-je pas entendu un jour quelqu'un, peu m'importe son nom, scander le mien ? Pourquoi douterai-je encore de ce nom, que je porte depuis bientôt 18 ans ? La Terre, cette bien belle et pauvre planète qui m'abrite ainsi que tous les autres êtres humains, peut-elle encore porter mes pas ? Jusqu'où le pourra t-elle, John ? Et jusqu'où me mèneront ces pas ? Il me semble depuis trop longtemps que mes lourds pas ne sont plus qu'un fardeau, qu'il est dur de porter, et que mon existence est une tâche dans la voie lactée. J'ai le sentiment d'être perdue entre tous ces arbres, dans une forêt lointaine, sombre, un peu mystérieuse, et mon coeur balance, tel un arbre au gré du vent, qui ne sait s'il doit se plier pour survivre ou résister... Quels doutes encore m'assaillent ? Dois-je encore pleurer et hurler, pour savoir ce qu'il me faudra faire maintenant ? Il me semble pourtant qu'en naissant, une mission m'a été confiée. Une mission, que dis-je ? Non, rien d'officiel, bien sûr. Mais un but, une route à suivre...

 

Sais-tu donc quelle est ma route, John ? Sais-tu donc ce qui me guide encore et toujours ? Peut-être, sans doute, le comprendras-tu, toi qui l'as chanté, toi qui l'as crié, toi qui le vois toujours et encore... J'ai la sensation d'être née pour aimer. Les bons moments passés ici sont ceux où je peux aimer sans me cacher. Aimer sans détour, sans prendre des gants, sans me protéger. Aimer libre. Aimer. Je suis faite pour cela. J'en ai tellement à donner, j'en ai tellement à partager, oh, John, dis-moi, est-ce donc bien normal ? Mon corps tout entier voudrait se donner, et mon esprit ne demande qu'à être occupé, mais je suis aussi née pour être aimée... Recevoir la tendresse, cueillir la passion dans le cou d'un amoureux, et embrasser la vie. Parce que j'aime la vie, quoi que j'en dise. Alors, oui, moi, je veux aimer. Aimer, vibrer, chanter, pleurer, aimer encore. Aimer rend fort. Aimer rend faible. Et il est si dur de devoir aimer sans réciprocité. Accepter de se livrer corps et âme à un être, alors que celui-ci court et vole aux côtés de quelqu'un d'autre. Il est si dur de devoir supporter la douleur, si dur de devoir affronter nos peurs, et si dur de devoir faire tout cela seule... John, toi, tu sais bien, ton talent et tes mots ne nous ont jamais mentis, n'est-ce pas ? Toi, tu sais tout cela... Je me confie à toi, aujourd'hui, et je te le dis : je n'existe qu'avec l'amour et la confiance, je n'existe que pour aimer et comprendre, oui, moi, qui n'ai que trop d'amour, et qui ne suis même pas capable d'en avoir pour moi-même...

Et, aujourd'hui, après tout... Je me sens encore sereine, moi, qui n'ai plus personne à aimer. Moi qui n'ai plus personne à admirer, et chérir. Moi qui ne dois plus pâlir pour lui, moi qui ne dois plus mentir devant lui, moi qui ne dois plus rire comme j'ai autrefois ris. Moi qui ne dois plus trembler lorsque je pense à lui, moi qui ne dois plus montrer mes ressentis... Eh bien, la force m'a remplie. Au lieu de me sentir vide, je me sens pleine d'envies. Des envies nouvelles que je ne saisis pas encore. L'absence cette fois ne me vide pas, elle me donne de quoi me battre. Voler de mes propres ailes jusqu'à trouver la solution. Courir, parcourir le monde, et trouver ce qui me filera du bonheur... Car le bonheur, il paraît que ce n'est pas la joie ou la sérénité, que c'est bien plus que cela, tu sais. Oui, moi, qui jadis aurais été abattue, suis aujourd'hui sereine. Pas apaisée, non. La paix n'est pas encore là, car je sais que colère et tristesse règnent encore, et menacent sans regrets ma pauvre tête. Mais lorsque la tristesse et la colère viennent m'animer, je n'ai qu'à penser à tout cet amour que je peux donner... Et il me semble que j'ai trop de choses à donner, pour gaspiller mon temps à nourrir, de la colère, les pleurs et les peurs. Alors, tu vois, John, mon John, mon seul et unique John, toi que j'aimerai toute ma vie, si aujourd'hui je n'ai personne à serrer contre moi; si aujourd'hui, je n'ai personne à embrasser et aimer malgré le vent, les tempêtes ou le froid; si je n'ai personne pour me prendre dans ses bras... Cela ne fait rien.

Rien ne m'empêchera d'être déçue, et de me sentir offensée, mais je n'y prêterai guère plus d'attention. J'ai déjà trop perdu de temps dans de vieilles rancœurs idiotes, qui m'ont caché si longtemps, un écho que je ne puis aujourd'hui ignorer. Oui, j'ai déjà trop perdu de temps à tenter de dissimuler un malaise, trop perdu de temps à pleurer pour des foutaises, et j'ai si peu de temps pour aimer vraiment, John. J'ai si peu de temps... Toi, tu le sais, John, car tu es mort jeune. Et ma jeunesse à moi, je la gaspille. Ma jeunesse à moi, je la jette sur mes oreillers et sur mes peluches, je la jette dans la douche, sous mes draps; ma jeunesse à moi, elle se jette sur mes joues comme on se jette du haut d'un plongeoir, elle roule dans mes mains comme une bagnole sur l'autoroute, qui se met à brûler et brûlera encore. John, tu accompagnes si souvent cette jeunesse, qu'il m'arrive parfois d'avoir mal en ne pensant qu'à toi. Cette jeunesse que je jette par les fenêtre, en voulant vieillir vite, ne la regretterai-je pas un jour ? Toi qui es parti trop tôt, qu'en dirais-tu, si tu me voyais pleurer, pour un peu plus d'âge et de maturité ? Vouloir vieillir, n'est-ce pas courir à toute vitesse vers la mort ? Vouloir vieillir, n'est-ce pas oublier ce pourquoi nous existons ? John, ne me laisse pas mourir. Je ne veux pas mourir sans avoir aimé pleinement. Je ne veux pas mourir sans avoir savouré quelques instants ce que les grandes personnes appellent « Bonheur ». Tu comprends maintenant, John ? Je ne veux pas mourir, et ma jeunesse, je dois la garder. Pour me battre. Pour lutter. Je veux aimer, John, et je me battrai jusqu'à la fin, pour avoir le droit d'aimer sans détours. Et je lutterai pour l'amour que l'on me doit en retour.

 

Et tous ces dégouts que l'on m'offre. Ces camarades qui me tournent autour toute l'année. Ces gens parfumés à l'hypocrisie, et lavés à la connerie... Ces gens que l'on me présente en tant qu'élèves, mais qui pensent déjà tout connaître. Tous ces amis qui n'en étaient pas. Toutes ces petites personnes que je respectent et qui se moquent de moi. Ils rôdent encore. Ils se servent de moi, parce que je suis gentille, parce que je m'oublie volontiers pour eux. Mais tu sais, John, j'ai encore foi en eux, pourtant. J'ai confiance. C'est toi, qui m'as fait ça, tu le sais ? Moi, j'imagine. Et j'ai encore la force de croire que les gens, au fond, sont tous bons. J'ai encore l'envie de croire que l'homme peut éviter d'être un loup pour lui-même. Alors, voilà, même si cela me rend triste et fade, même si on abuse de moi, je croirai encore que l'être humain n'est pas si mauvais. Tu penses toujours ainsi, toi qu'on a tué ? Tu penses toujours que la paix peut régner, toi qui vois maintenant les guerres secouer frapper toujours et encore notre planète la Terre ?

Je veux aimer, John. Je veux sentir mon corps brûler, sentir mon coeur se soulever, avoir une âme aussi légère qu'une plume, et me voir briller au delà des nuages... Tout ça, c'est trop pour moi, maintenant. Ces questions stupides, ces solutions qui n'en sont pas, ces mains tendus vers moi qui tombent, et ces regards que l'on ne m'adresse plus. Je serai là quoi qu'il arrive, pour chaque être humain qui placera un peu de confiance en moi, mais je ne peux plus être un arbre abattu, un bout de roseau qui veut tenir, qui plie toujours un peu plus jusqu'au jour où c'en est fini de lui. Aujourd'hui, je veux être le chêne qui, une fois tombé et mourant peut clamer : « Je suis encore un chêne. ». Non, je ne veux pas me plier aux exigences que chacun m'exposera. Et malgré toutes les questions que je me pose encore, sur la raison d'être et sur le monde en général, je peux encore me battre un peu. Car le temps où je pleurais est loin, et il est temps pour les autres d'apprendre que je ne suis pas faite que de larmes et de peurs, et que j'ai aussi le droit à ma part de cette chose dont on me parle souvent qu'est le bonheur.

 

Je t'aime, John,

parce que je sais que toi et tes chansons serez toujours avec moi,

que je sois bien ou que je ne sois rien.

Rest in peace, John.

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